Une partie importante de ce déficit serait conjoncturel. Deux raisons l’expliquent. D’une part, il s’agit des conséquences de la seule mesure progressiste de la loi Fillon de 2003 qui permet le départ anticipé des personnes ayant eu une carrière longue. Ce phénomène est par nature transitoire et en voie progressive d’extinction.

La responsabilité de la crise financière

Mais la principale raison de l’augmentation du déficit conjoncturel tient à la très forte récession de l’année 2009 (- 2,5 %) qui a abouti à une réduction de la masse salariale de 2 % et donc des cotisations correspondantes. Le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) indique que la masse salariale devrait continuer à diminuer de 0,4 % en 2010. Rappelons que 1 % de croissance de la masse salariale en moins conduit à 650 millions d’euros de recettes en moins pour la CNAV. La crise économique et financière est donc la principale responsable de la situation.

Cependant, les deux-tiers du déficit de la CNAV seraient, d’après le COR, structurels, c’est-à-dire liés à l’augmentation du nombre de retraités. Le besoin de financement supplémentaire des retraites, par rapport à la loi Fillon de 2003, a été estimé par le rapport du COR de novembre 2007 à un point de PIB en 2020 et à 1,7 point en 2050. Rappelons qu’un point de PIB correspondait en 2007 à 10 % des dividendes versés aux actionnaires des sociétés non financières. Lissé sur 40 ans, 1,7 point de PIB supplémentaire pour financer les retraites n’est absolument pas catastrophique et personne ne peut raisonnablement croire que l’évolution de l’économie ne permettra pas de le couvrir.

Des recettes nouvelles pourraient par ailleurs être rapidement trouvées qui permettraient de résoudre le problème et même de renforcer le financement de la protection sociale. Par exemple, l’exonération de cotisations sociales des stockoptions coûte selon la Cour de comptes 3 Mds € à la sécurité sociale.

Nouveau partage de la richesse produite

Au-delà, la solution au problème du financement des retraites existe. Elle consiste à mettre un terme à la baisse de la part salariale (8 points en 20 ans) dans la valeur ajoutée, la richesse créée par les salariés dans les entreprises, et à accompagner l’évolution démographique par un relèvement progressif des cotisations sociales. Ce rééquilibrage de la part des salaires dans la valeur ajoutée est d’autant plus nécessaire que c’est le partage de plus en plus inégal de la richesse produite qui est à la racine de la crise financière, une des causes des difficultés actuelles du système de retraite.

Il est normal, dans une société qui comporte plus de retraités, d’accroître la part de la richesse produite qui leur est consacrée. Le tabou à faire sauter est non pas l’âge de la retraite, mais le refus obstiné d’augmenter le taux des cotisations dites patronales. Un tel rééquilibrage de la part des salaires dans la valeur ajoutée serait compensé par une baisse des dividendes versés aux actionnaires qui ont explosé ces dernières années (3,2 % du PIB en 1982, 8,5 % en 2007). Il ne pénaliserait pas l’investissement productif, ni donc la sacro-sainte compétitivité des entreprises. La litanie sur le renchérissement du « coût du travail » n’a pas lieu d’être.




Les 5 derniers articles publiés sur Publiciblog :