Vivre encore un peu : Portrait d’Irena Johannes
Ce documentaire en deux volets raconte deux destins. Deux témoignages précieux sur l’existence du camp d’extermination de Belzec, dont il ne reste plus aucune trace depuis 1943. Dans ce premier opus, Irena Johannes revient à Cracovie, où elle a échappé aux nazis il y a soixante ans.
Cette femme au regard clair raconte avec pudeur les souvenirs d’une période douloureuse. Lorsqu’en septembre 1939 Cracovie devient la capitale du gouvernement général des territoires de la Pologne occupée, Irena Johannes a 16 ans. Sa famille parvient à quitter la ville. Très vite, l’adolescente résiste : « Personne ne pouvait me contrôler parce que, quand la guerre a commencé, j’étais en lutte contre tout. Je sentais que j’étais déjà assez mûre pour ne pas faire tout ce que l’on m’imposait. » Irena est lucide et comprend rapidement qu’un grand danger menace sa famille. Elle refuse d’abord de porter l’étoile jaune, puis elle parvient à se procurer de faux papiers et à se faire passer pour une catholique. Elle va alors prendre en charge le destin de ses proches.
Face à l’horreur
En mars 1941, les Juifs de Cracovie sont transférés dans le ghetto de la ville, bientôt rejoints par ceux des villages voisins. A Kreswovice, lorsqu’ils sont sommés de se rassembler en moins de deux heures avec leurs bagages, Irena, du haut de ses 17 ans et demi, convainc ses proches de prendre la direction opposée. Elle les emmène à Olkusz. Une autre fois, elle va chercher au commissariat sa soeur qui vient d’être arrêtée. Puis c’est son père qu’elle tire d’un mauvais pas à la sortie de l’hôpital où il a subi une intervention chirurgicale. Elle fait constamment preuve de sang-froid et prend des risques immenses. Mais chaque épreuve semble renforcer son courage et sa détermination.
Les quelques images tournées et les photos prises par les Allemands viennent appuyer son témoignage. Massacres de centaines de personnes en place publique, déportations, travaux forcés, peu à peu, les nazis vident le ghetto selon des règles absurdes et cruelles. Douze mille personnes sont envoyées à Belzec. Irena a recueilli les terribles confidences d’un miraculé, David Bechner, qui s’est évadé du camp. Les wagons à bestiaux bondés, les mauvais traitements, les exécutions à la chaîne, il lui révèle le sort des déportés et la charge de faire savoir l’impensable, l’inimaginable. Un récit que beaucoup ne voudront pas croire. Soixante ans après, les souvenirs sont intacts. Et quand l’émotion est trop grande, Irena plonge dans un profond silence, avant de reprendre le fil de son histoire. En 1942, la jeune fille devient agent de liaison du groupuscule de combattants juifs, le mouvement Akiba. Mais elle finit par estimer que leurs actions sont vaines et risquées. Elle se retire car elle voudrait se consacrer à sauver des gens. Irena a sauvé sa famille.
LUNDI 21 AVRIL 21.35 sur FRANCE 5
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