Kigali, avril 2004. Augustin, un instituteur hutu, tente de reconstruire sa vie avec Martine, victime comme lui du génocide. À l’appel de son frère Honoré, jugé par le Tribunal pénal international d’Arusha pour incitation à la violence raciale, il décide de se rendre en Tanzanie, pour connaître enfin la vérité sur la mort de sa première femme Jeanne, une Tutsi, et de leurs enfants. Dix ans plus tôt, Augustin, capitaine dans l’armée rwandaise, les avait placés sous la protection d’Honoré, aux premiers jours des massacres. Il était alors convaincu que seul son frère, animateur influent de la radio RTLM (Radio Télévision libre des Mille collines) pourrait les sauver, tandis que l’implacable logique génocidaire se mettait en place…

Arsenal idéologique

Écrit à partir de récits de survivants et tourné au Rwanda, Quelques jours en avril éclaire de l’intérieur le génocide qui fit, en 1994, près d’un million de morts en cent jours, sous le regard indifférent de la communauté internationale. À travers le destin bouleversant de deux frères aux choix opposés, le film mêle, avec une vertigineuse fluidité, passé et présent, intime et politique, pour traduire la complexité du drame au plus près du vécu. Incapables d’envisager l’enfer, les protagonistes sont écrasés par la machine génocidaire, jusqu’à cette scène hallucinante où une troupe de morts-vivants émerge enfin des marais où ils s’étaient réfugiés.

Alliant rigoureuse reconstitution des faits et puissance narrative, Raoul Peck met au jour les mécanismes – des mesures discriminatoires du pouvoir colonial belge à l’arsenal idéologique et militaire de l’État – qui ont conduit à cette tragédie planifiée, bien loin de l’obscure guerre tribale entre “tutus et hutsis” qu’invoque le personnage d’un haut fonctionnaire américain. Sans exotisme, mais en rendant hommage à la beauté du Pays aux mille collines, le film restitue sa mémoire au peuple rwandais.

Vendredi 22 février sur ARTE





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