« Le vrai problème concernant l’insécurité des cyclos, c’est le manque de formation ». Gérard Planchon, expert moto à La Prévention Routière, ne mâche pas ses mots. Pourtant, aujourd’hui, pour conduire un 50 cm3, il faut avoir son Brevet de sécurité routière, le fameux BSR, qui est constitué de l’Attestation scolaire de sécurité routière (ASSR) de 1er niveau, passée en classe de 5e, et d’une épreuve de conduite de cinq heures. « C’est mieux que les trois heures exigées au début… et surtout que le rien du tout d’autrefois, mais cela reste nettement insuffisant », affirme-t-il. Et d’expliquer : « Le jeune est censé se former tout seul à la maniabilité de son deux-roues. Rien n’est prévu, pas la moindre prise en main hors circulation ! »

De fait, au début de l’épreuve pratique, pendant trente minutes environ, le moniteur vérifie que le candidat maîtrise à peu près son véhicule. Il lui donne alors son BSR. Le reste de l’épreuve étant consacré à une initiation à la conduite sur route au cours de laquelle le candidat va apprendre à s’insérer dans la circulation, à se placer, à changer de direction, à détecter les zones de danger, etc. « C’est peu pour acquérir toutes ces notions », commente l’expert de La Prévention Routière, qui conseille à tous les candidats au BSR de compléter par quelques heures de cours en moto-école, dans un club ou une association.

La situation est différente pour les conducteurs de « motos légères » (entre 50 et 125 cm3) qui, eux, passent un vrai permis, le permis A1, constitué d’une épreuve sur le code de la route et d’une autre de conduite hors et dans la circulation. Mais ce n’est pas parfait pour autant.

Maîtriser la circulation

Il y a quelques années, une étude de l’Inrets a en effet révélé que 75% des accidents de moto étaient dus à une mauvaise observation ou à une mauvaise analyse de la circulation.

Les motocyclistes ne seraient pas toujours bien préparés à affronter la circulation. Ce que semble corroborer une autre étude, assez paradoxale : malgré leur manque de formation en tant que motards, les détenteurs du permis voiture (autorisés depuis 1996 à conduire des « moins de 125 cm3 » sans permis moto) ne sont pas plus accidentés que ceux ayant passé leur permis moto !

« En fait, explique Gérard Planchon, on peut supposer que l’expérience acquise au volant d’une voiture compense leur inexpérience du deux-roues. Leur connaissance de la circulation constitue un atout que n’ont pas toujours les détenteurs du permis moto. »

Suivre des cours est indispensable

Gérard Planchon n’en conseille pas moins aux automobilistes qui achètent un scooter (généralement par lassitude des embouteillages citadins) de prendre quelques cours. L’objectif : se familiariser avec leur nouveau véhicule avant de se lancer dans la circulation.

Il suggère aussi une réforme des permis moto qui, dit-il, mettent trop l’accent sur la maîtrise de l’engin, comme s’il fallait préparer les candidats à la compétition ou à l’acrobatie alors qu’il s’agit de les préparer à circuler au milieu de tous les autres usagers de la route! « Il faudrait insister beaucoup plus sur la connaissance de la circulation. C’est là que doivent se concentrer les efforts de formation », souligne Gérard Planchon.

Il se pourrait que le ministre des Transports ait entendu ces arguments : Dominique Perben s’est récemment engagé à soutenir les projets de création de pistes qui devraient constituer des équipements complémentaires d’apprentissage de la conduite moto pour une meilleure sécurité…

Plus d'informations sur www.preventionroutiere.asso.fr et www.agf.fr