Téléphone au volant : et le Kit mains libres ?
Pour beaucoup, vivre sans téléphone portable paraît inconcevable, même en voiture ! D’où une résistance aux messages de sécurité routière contre l’usage du téléphone au volant, due à une mauvaise connaissance du risque. Rappel des faits.
Ce que dit le code de la route
Avant avril 2003, en cas de procédure judiciaire, les tribunaux sanctionnaient l’usage du téléphone au volant en s’appuyant sur un article un peu « fourretout », pouvant parfois donner lieu à des interprétations divergentes: « Tout conducteur doit se tenir constamment en état et en position d’exécuter commodément et sans délai toutes les manoeuvres qui lui incombent».
La publication de l’article R 412-6-1 au «Journal officiel» du 1er avril 2003 a levé toute ambiguïté de ce genre précisant que: «l’usage d’un téléphone tenu en main par le conducteur d’un véhicule en circulation est interdit », ainsi que «le fait, pour tout conducteur, de contrevenir aux dispositions du présent article est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la deuxième classe
Cette contravention donne lieu de plein droit à la réduction de deux points du permis de conduire ». Mais il n’est fait mention, dans ce texte, que du téléphone «tenu en main ».
Implicitement, le kit «mains libres» est donc toléré. Cette position conciliante est celle qui a été adoptée par la plupart des pays européens. Seule l’Espagne a totalement interdit le téléphone à bord des voitures.
Les vrais risques ne sont pas ceux que l’on imagine
On le sait déjà depuis quelques années : téléphoner en conduisant multiplie par quatre environ le risque d’avoir un accident… et même par six si l’on s’en tient aux cinq premières minutes de communication.
Ces données sont connues. Mais la plupart des automobilistes font comme si ces risques ne concernaient que le téléphone tenu en main. Munis d’un système à oreillette, ils s’estiment irréprochables.
Du point de vue de la sécurité routière, c’est beaucoup moins évident… Toutes les études scientifiques sur le sujet montrent bien que ce n’est pas le fait d’avoir une main occupée par le téléphone qui pose problème mais le fait de téléphoner.
Téléphoner accroît la «charge mentale» du conducteur
Ainsi, pour l’INRETS, téléphoner accroît la «charge mentale» du conducteur… alors que celle-ci devrait être entièrement requise par la conduite. Cela entraîne inévitablement une baisse de vigilance, qui se traduit par un rétrécissement du champ de vision.
On parle d’« effet de tunnel » : le conducteur fixe son regard droit devant lui et oublie de regarder sur les côtés et dans ses rétroviseurs. Il lui arrive alors d’« effacer » de son champ de vision le piéton qui s’apprête à traverser ou le cycliste qui roule à côté de lui…
Et ce n’est pas tout : ses capacités de perception directe des événements s’amenuisent. Il mémorise beaucoup moins bien la signalisation et les panneaux qu’il croise sur la route.
Vu de l’extérieur, le conducteur qui téléphone se repère d’ailleurs fort bien : en général, son véhicule ralentit sans raison (ce qui peut être perturbant pour les voitures qui le suivent) et marque un certain «flottement» de trajectoire.
Parler à son passager ou au téléphone, ce n’est pas pareil
Mais si parler à quelqu’un en conduisant est dangereux, pourquoi n’interdit-on pas également de parler avec ses passagers?
À cette question mille fois entendue, la réponse est simple: parce que c’est tout à fait différent. Lors d’une situation complexe – un carrefour encombré, un ralentissement brutal, une voiture qui effectue une manoeuvre dangereuse, un dépassement délicat à réaliser –, la personne présente dans le véhicule interrompt spontanément sa conversation.
Si, au téléphone, elle n’assiste pas à la scène, elle la poursuit et le conducteur a tendance à se concentrer sur ses propos, alors que ce qui se passe sur la route nécessiterait toute son attention…
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