Les ados et les dangers de la route
On le sait depuis longtemps : les jeunes sont les premières victimes de l’insécurité routière. Ce sur-risque apparaît à l’adolescence et dure une dizaine d’années. Peut-on faire quelque chose pour l’éviter ? Les spécialistes répondent par l’affirmative et précisent que les parents ont un rôle déterminant à jouer…
Certains vous diront que ce phénomène est inéluctable! Pour grandir et passer à l’âge adulte, l’adolescent a besoin de tester ses limites. D’ailleurs, il existait, dans les sociétés anciennes, des rites de passage qui leur permettaient de se confronter aux adultes, de mesurer leur courage en jouant avec le feu, la douleur ou le hasard.
Il reste incontestable que les adolescents d’aujourd’hui éprouvent, eux aussi, le besoin de tester leurs limites
Si quelques-uns le font sur des terrains de sport, en classe ou dans un groupe de musique, d’autres choisissent la route. Celle-ci devient alors le terrain d’expression privilégié de leurs jeux dangereux. Cela commence dès 12-13 ans sur une bicyclette, en roller ou en skate.
Mais c’est avec le «cyclo » que le risque prend toute son ampleur. Le nombre de victimes de la route monte d’ailleurs en flèche à 14 ans, lorsque l’adolescent, BSR en poche, acquiert le droit d’enfourcher un engin de moins de 50 cm3.
L’accès à des deux-roues plus puissants (125 cm3) à partir de 16 ans et à la voiture à partir de 18 ans ne fera qu’accentuer le risque, tout comme leur mode de vie (sorties nocturnes, consommation d’alcool, de cannabis, etc.).
Il faut que jeunesse se passe…
On a longtemps cru que cette phase incontournable était un mal nécessaire. Mais il semble qu’un discours nouveau, plus mobilisateur, s’inscrive en faux contre ce constat décourageant. Ainsi, lors d’un colloque1 organisé par La Prévention Routière, psychologues, sociologues, médecins, chercheurs et responsables politiques ont démenti cette fatalité. D’abord parce que dans une société où les accidents diminuent globalement, ceux des jeunes diminuent aussi. Ensuite parce qu’une prévention adaptée aux jeunes est possible…
Il n’y a pas de fatalité!
Encore faudrait-il cesser de penser que l’État – à travers ses campagnes de communication – et les auto-écoles – avec l’apprentissage de la conduite – peuvent, à eux seuls, former des citoyens respectueux des règles indispensables au partage de la route et à la sécurité de tous ! Et arrêter d’imaginer que les enseignants, avec quelques heures d’éducation routière disséminées pendant la scolarité, peuvent leur inculquer les rudiments des bons comportements sur la route. Les parents ont, eux aussi, un rôle fondateur et déterminant à jouer
L’exemplarité ou l’éducation silencieuse
Mais en quoi consiste-t-il ? Où trouver la méthode? Et sur quelles compétences s’appuyer lorsqu’on n’a soi-même reçu aucune formation sur ce terrain? Le champ d’investigation est ouvert…
Dans cette liste d’interrogations, la première notion qui semble s’imposer, c’est celle du modèle. «Le comportement des parents influence celui des enfants. Le siège arrière de la voiture est un vrai magnétoscope, expliquent les psychologues. De sa place, le gamin enregistre tout. » Et si, pendant des années, il a vu son père changer de file sans mettre son clignotant, passer aux feux orange «bien mûrs», s’il l’a entendu insulter les autres, il fera la même chose une fois au volant. Car pour lui, c’est un comportement normal. Pensez-y lorsque vous êtes au volant…
La sécurité, une notion qui s’acquiert bien avant l’adolescence
Toutefois, puisque l’adolescent est toujours tenté de s’affranchir des consignes parentales, n’y a-t-il pas une certaine contradiction à évoquer l’exemplarité des parents? «Pas du tout», affirment encore les psychologues.
Si votre enfant a acquis des valeurs solides, si vous avez réussi à lui inculquer des notions de sécurité en tant que piéton, cycliste ou rolleur, cela ne l’empêchera peut-être pas de prendre des risques à l’adolescence, mais il s’arrangera pour le faire dans un contexte relativement sûr. Par exemple, pour ses pointes de vitesse en scooter, il choisira une zone tranquille, n’oubliera pas d’attacher son casque, voire de porter des vêtements protecteurs. De tels « détails» peuvent faire la différence! Mais c’est bien avant l’adolescence qu’il faut y songer…
Attention à la répétition des accidents
Cependant, tous les adolescents ne sont pas égaux devant le risque routier. Sans parler de la différence entre les sexes , il existe des profils plus « à risque» que d’autres. C’est le constat fait par le Pr Daniel Marcelli2 après avoir conduit des études sur des adolescents accidentés. Pour lui, l’accident a une logique implacable: il survient chez des adolescents anxieux, agressifs et à la recherche de sensations fortes, voire avec des addictions.
De tels signes devraient toujours alerter les parents… D’où la proposition du Pr Marcelli qui souhaite mettre en place une évaluation systématique de tout adolescent impliqué dans un accident de la route, pour prévenir la récidive.
Si l’adolescence est une période plus exposée que les autres, elle est loin d’être inaccessible à la prévention. Chacun doit s’en convaincre et jouer sa partition. À commencer par les parents.
Plus d'informations sur www.preventionroutiere.asso.fr et www.agf.fr