La réinstallation de la population nicheuse en Loire-Atlantique a été très laborieuse. Après le premier nid découvert en 1981 au lac de Grand-Lieu, la population s'est longtemps maintenue entre 3 et 7 couples avant de progresser nettement à partir de 1994. Aujourd'hui, cette population, qui figure sur la “liste rouge“ des espèces menacées, atteint 50 couples et a donné naissance à des colonies en Brière, à Guérande et sur l'Erdre, soit environ 160 couples dans le département.

On conna t très peu de choses sur la biologie de l'espèce en France. Pour cette raison, un programme annuel à long terme de marquage coloré d'une grande partie des jeunes nés en Loire-Atlantique a été lancé dès 1990 par le spécialiste de l'espèce en France, Lo c Marion, directeur scientifique de la réserve naturelle du lac de Grand-Lieu et chercheur au CNRS.

« Chaque année, 70 à 100 jeunes spatules sont munies de bagues colorées avant leur envol. Ces bagues, véritables cartes d'identité lisibles à distance, permettent de suivre les déplacements de chaque oiseau tout au long de sa vie, grâce à un réseau d'informateurs dans toute l'Europe. »

Un suivi quotidien

Le Conseil général a décidé d’apporter son concours à cette étude afin d’analyser les données recueillies depuis 17 ans, et surtout de permettre de suivre par satellites des spatules équipées de balises Argos, première mondiale pour l’espèce.

« Posées en mai 2006 sur de jeunes spatules, ces balises peuvent être suivies automatiquement jour et nuit, quel que soit le lieu, et permettent de compléter l'observation visuelle. »

Ainsi, les données ont été recueillies quotidiennement pendant 3 à 6 mois pour 10 spatules, 10 mois pour une autre, tandis que 5 autres spatules continuent d’être suivies à l’heure actuelle. L’arrêt des balises est dû à des pannes techniques et secondairement à la mort des oiseaux, qui touche normalement 30 % des jeunes dans leur première année.

Au rythme des saisons

Les données recueillies ont un intérêt scientifique considérable et montrent des comportements de migration très différents selon les individus et les lieux de naissance. Toutes les spatules de Grand-Lieu l’ont quitté trois semaines après avoir été équipées, pour rejoindre le Marais breton ou la Brière, alors que toutes les spatules de Brière y sont restées tout l’été. Seules les spatules de Grand-Lieu sont à ce jour parties en migration (Espagne, Portugal, Maroc, Mauritanie). Cette différence serait due aux conditions d’alimentation différentes sur les deux sites : exondation précoce des prairies inondables à Grand-Lieu qui les prive de nourriture ; alors qu’en Brière l’écrevisse de Louisiane constituait en 2006 une ressource alimentaire très importante. La durée de présence sur les zones d’estivage (Marais breton, Brière, Marais charentais, Guérande, golfe du Morbihan) a été anormalement longue, en raison de la clémence du climat qui n’a pas incité les spatules à partir en migration. Quatre spatules sont même restées hiverner sur ces marais.

Études et révélations

Le départ en migration dépend vraiment de chaque individu. Il se fait brusquement, et le trajet est très rapide, avec parfois des haltes prolongées sur des réserves naturelles. Entre la Loire-Atlantique et l’Espagne ou le Portugal, les trajets ont lieu en moins de deux jours, de même qu’entre l’Espagne et la Mauritanie (vol d’une traite en quelques heures).

« Une partie des trajets a eu lieu de nuit, ce que l’observation directe des seuls oiseaux bagués n’aurait jamais pu démontrer. De même, le survol de la mer au-dessus du golfe de Gascogne semble une réalité, à partir de la Charente-Maritime ou du bassin d’Arcachon, alors qu’on pensait, avec le baguage coloré, que toutes les spatules longeaient obligatoirement la côte basque. »

Ces apports scientifiques auront des retombées pratiques évidentes pour la gestion de l’espèce et des espaces protégés. Sauf en cas de panne, les cinq spatules encore suivies devraient l’être jusqu’en 2011, permettant de surveiller leur migration de retour en tant qu’adultes, généralement à l’âge de 2 à 5 ans, 60 % d’entre elles revenant même sur leur site de naissance.

Plus d'informations sur le site : www.cg44.fr






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